[Cadeau] Chapitre 25 – La Voix

Avant de vous laisser pour les fêtes de Noël (promis, je reviens en forme dès Janvier et remonté à bloc!), je vous propose un chapitre de mon premier roman, terminé cette année. Mais pas n’importe lequel. Il s’agit d’un des derniers…

25 – La Voix

 

– Tu connais celui qui a attaqué Mey ? Comment ? D’où ?

Elle toussota, légèrement embarrassée.

– Euh… Tu te rappelles quand je t’ai dit que j’avais déjà eu affaire à la magie ?

– Oui, oui, bien sûr, je m’en souviens très bien. Je me demandais quand tu allais revenir sur le sujet, d’ailleurs.

– Il s’appelle Mathias. Il était dans mon ancien lycée. On était dans la même classe. Il avait un côté mystérieux qui me plaisait à l’époque. J’en frissonne rien que de penser à ça. J’étais dans une période où je ne m’entendais plus avec mon père. Il passait son temps à tout m’interdire.

– Je comprends… Enfin, j’imagine.

– Et comme mon père m’avait interdit de le voir… Bref, j’ai été un peu stupide.

Il lui serra la main avec tendresse et elle eut un léger sourire. Après un court silence, elle reprit.

– Il était très sombre et posé. Très différent de la plupart des garçons de notre âge. Un jour, il a vu que je le regardais, et il est venu me parler. De fil en aiguille, on a fini par sortir ensemble. Et un jour, il m’a invité chez lui.

– Jusque-là, rien d’extraordinaire.

– C’est une fois chez lui que ça a dérapé. Il m’a expliqué qu’il pratiquait la magie. Rien à voir avec ce qu’on apprend chez Kagan, pourtant, c’est grâce à lui que je l’ai rencontrée. Il m’a montré son grimoire et m’a demandé si je voulais essayer. J’ai dit non.

– J’ai un peu peur de demander la suite.

– Tu peux. Je ne suis pas fière en y repensant, crois-moi. Alors, il m’a fait une démonstration. Il m’a lancé un sortilège. Un sortilège prodigieux. Un sortilège qui te rend heureux. Je me sentais tout à coup beaucoup mieux, j’avais plus confiance en moi. Ça a duré plus d’une heure la première fois. C’était tellement bien que j’ai eu envie de recommencer tout de suite.

– Tu veux dire… comme une drogue ?

– Voilà. C’est exactement le terme. Je suis vite devenue accro et Mathias en a profité. Heureusement, mon père est intervenu après le premier vol à l’arraché. Ça a été très compliqué après pour qu’il me fasse confiance mais Mathias a ensuite disparu. Il a été conduit en institut pour drogué, apparemment. C’est ce que mon père m’a dit.

– Et tu crois qu’il a repris du service ?

– Il faut croire, et surtout, il a acquis une certaine maîtrise des runes. Et ça, c’est plus inquiétant.

– Tu crois que ton père l’a reconnu ?

– Non, mais comme moi, il mettra un peu de temps pour percuter. J’en doute pas.

– Ça me fait bizarre de t’entendre parler de ton ex petit-ami.

– J’étais vraiment quelqu’un d’autre à l’époque, tu ne m’aurais pas aimée, je m’aimais pas beaucoup, non plus. Donc, inutile de s’attarder dessus.

– Ça peut nous aider à le localiser ?

– Qui sait ? Parce qu’un lycéen dans les rues en pleine semaine de cours, justement, ça ne court pas les rues.

– Allan, dit Kagan après avoir frappé à la porte. Tu peux aller te coucher, le canapé est prêt. Bonne nuit et ne tardez pas trop, il faut que tu te reposes, Emma.

– Pas de soucis, à demain !

Elle ferma la porte et une fois l’autre porte fermée, Emma reprit, un air malicieux sur le visage :

– Et si on pensait un peu à nous ?

 

Bien plus tard, allongé dans le canapé, Allan rêvassait. Le sommeil le fuyait et il savait pourquoi. Savoir Emma dormir si proche de lui et en même temps si loin l’agaçait. Donc, il se repassait leurs moments ensemble.

– Allan…

Encore cette voix. Mais cette fois, il ne dit rien. Il se redressa juste et essaya de voir d’où elle venait.

– Allan…

Une nouvelle fois. Et soudain, il comprit : c’était dans sa tête, c’est pour cela qu’il ne l’entendait pas provenir de quelque part ! Alors, il tenta une réponse sur le même thème.

– Qui êtes-vous ?

– C’est moi, Allan. Ta mère.

Il accusa le choc, et perdit le fil de la discussion. Après un moment de flottement et d’interrogations, il reprit :

– Impossible, ma mère est morte.

– C’est ce qu’on a voulu te faire croire, mon chéri.

– Attendez. Et le corps ? Et le sang ? Et le feu ?

– Un stratagème pour te mettre à l’épreuve. Pour te pousser vers la magie.

– C’est impossible.

– Un sort d’illusion, voilà ce dont vous avez été victimes. Vous n’avez pas pu détecter le sort parce que ton père et toi, n’êtes pas magiciens. Ton père a choisi de ne plus l’être.

L’argument était convaincant, Allan commençait à douter. Soit la personne le connaissait bien, soit c’était vraiment sa mère.

– Où es-tu ?

– Je l’ignore. Quelque part au bord de la mer, il me semble. J’entends les vagues de temps en temps.

– Attends, si tu es ma mère, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour me contacter ?

– Il te fallait réveiller tes sens à la magie, et il semblerait que tu aies commencé une initiation… Pas avec eux, j’espère.

– Pas du tout, c’est une dame qui s’appelle Kagan.

– Je ne la connais pas.

– Je te présenterai, si tu veux. Et c’est quoi cet avertissement, d’abord ? Tu peux pas être plus claire ?

– Je n’en sais pas plus. Juste qu’on cherche à t’attirer vers nous, enfin, vers la confrérie de Loki.

– Tu te rends compte de ce que ça veut dire, pour Papa ?

– Ton père comprendra. Mais ne lui dis rien, je ne veux pas qu’il soit déçu si…

– Si tu meurs réellement.

– C’est ça. Allan…

La voix se fit plus brouillée. La liaison semblait se perdre.

– Allan… Tu vas être conf… à des ch…. terribles. Prends … de toi. Allan…

Puis plus rien. Allan patienta quelques instants avant de se rallonger, doublement frustré. Il pouvait se réjouir, mais il avait un sérieux doute quand même sur la question de la vie de sa mère.

Au final, sa vie était diablement compliquée depuis l’entrée des runes dans son existence.

 

– Allan ! Tu vas finir par être en retard !

Kagan avait beau ne pas être sa mère, il y avait des moments où c’était moins flagrant que d’autres.

Le prévenu était dans la chambre de son amie, à discuter.

– Tu te reposes, hein ? Pas la peine de me dire de faire attention, avec tous les policiers qui encerclent le lycée, je serai plus en sécurité que toi.

– Oui, je me repose, dit-elle, mi-énervée, mi-amusée. Je ne fais que ça depuis hier. Tu as l’air fatigué, toi, par contre.

– Je n’ai pas très bien dormi.

– Tu aurais du venir me parler…

– Je ne voulais pas te déranger.

– J’aurai pas dit non à un câlin !

– La prochaine fois, j’hésiterai pas ! À ce soir.

– Il y a intérêt !

 

Lorsqu’il arriva au lycée quelques minutes plus tard , Mey l’attendait devant la porte. Comme la sonnerie retentissait, elle l’interrogea du regard et il secoua la tête. Elle semblait très inquiète et elle avait raison de l’être, se dit Allan. Mais il restait encore quelques jours. Ils pouvaient le faire.

L’ambiance était tendue en classe et chacun semblait savoir que l’absence de leur deux camarades était tout sauf normale. Les professeurs, eux aussi, avaient l’air plus tendus qu’à l’ordinaire. Allan fut heureux d’entendre la cloche de midi sonner.

– C’est quand même un comble, ragea-t-il à voix basse en plein repas à Mey, que nous soyons les victimes des attaques et qu’on nous regarde comme si nous avions la peste.

– C’est le traumatisme magique. Malheureusement, ce qu’il se passe en ce moment aurait plutôt tendance à prouver qu’ils ont raison. Que la magie n’attire que des ennuis.

– C’est la peur de la magie qui nous amène là ! Si on avait des magiciens de notre côté, on ne serait pas là à se demander si Pierce va passer Samain !!

Allan s’était enflammé à voix basse mais les tables autour se turent. Mey le regardait, paniquée. Il tendit la main, pour la poser sur son bras et la rassurer.

– Je suis désolé, on va le retrouver. C’est sûr.

 

– Ton père n’est pas là ?

– Non, il travaille en non-stop jusqu’à demain soir.

Allan parut soulagé. Il ne se sentait pas de taille à l’affronter ce soir.

– Tiens, prends du thé, Kagan vient de le faire.

– Merci ! Elle est où, d’ailleurs ?

– Partie se reposer, elle ne se sentait pas bien. Elle m’a dit qu’elle avait mis des protections en place autour de la maison.

Allan s’assit sur le lit. Il posa ses lèvres sur celle de sa compagne qui n’insista pas.

– Je ne t’ai pas beaucoup manqué, remarqua-t-il après avoir bu un peu de thé, le temps de se retrouver une contenance.

– C’est de rester au lit, ça me tape sur les nerfs. Je suis désolée. Vraiment.

Allan sentit très clairement que ce n’était pas pour ça. Il allait lui demander quand la tête lui tourna. Il s’appuya sur le lit.

Méfie-toi des apparences…

L’avertissement de la voix lui revint.

– Par Odin, il y a quoi dans ce thé ?

Il n’eût pas de réponse et il s’effondra sous les yeux d’Emma qui murmura :

– Je suis désolée.

Et voilà! J’espère que ces quelques lignes vous auront plu, c’est en quelques sorte mon cadeau de Noël avant l’heure!

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Marjorie @ Auteure Créatrice d'Univers
    Déc 11, 2015 @ 15:07:41

    Merci Seb, je trouve ce morceau vraiment très bien écrit ! Je n’ai juste pas bien compris ce qu’il s’était passé avec Mathias (le prénom de mon fils lol), l’ex-petit ami, mais je pense que c’est dû au fait qu’on n’a pas ce qui a précédé.
    Merci pour ce beau cadeau 🙂

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